Au 19° sciècle, les modernes croyaient sincèrement dans la puissance libératrice et pacificatrice de la « raison » des Lumières. Ils ne doutaient pas du rôle missionnaire de la « Science » et de son « unité » fondamentale. Ils avaient foi dans le savoir et s'imaginait un monde à venir, libéré de la barbarie, des croyances et de la superstition. Ils croyaient par-dessus tout au « progrès » dont ils s'étaient fait une religion. Ils croyaient que le progrès scientifique et technique engendrerait nécessairement tôt ou tard le progrès moral. Les hommes de la modernité vouaient un culte au « pragmatisme ». Les thèses de John Stuart Mill et de William James apparaissent à cette époque. Ils acceptaient aussi de se plier au « réalisme », tel qu'on en trouvait par exemple l'image dans l'œuvre de Zola. Les Modernes vénéraient le sacrifice au profit de la société, le sens du travail et de l'effort. moderne

Dans la période des années 1960 et notamment avec l'explosion de 1968, la modernité entre dans une crise profonde qui suit les graves désillusions engendrées par la guerre. Cette crise atteint de plein fouet toutes les valeurs. Il est assez rare qu'une période de l'Histoire ait vu pareille entreprise de sabotage et de complet renversement des mentalités. Elle est cependant impossible à nier.

Examinons de près la transformation qui a effectivement eu lieu. Le scandale de l'exploitation du travail au XIX ème siècle ne pouvait pas être longtemps dissimulé. La mutation de la grande industrie va, de plus, convertir le travail qualifié, vers le travail à la chaîne. La critique de l'idéologie de l'aliénation du travail explose donc au grand jour. Et elle le fera avec Marx de manière très virulente. Le marxisme s'installe très solidement dans le paysage intellectuel et il proclame le renversement nécessaire du capitalisme. Il va se répandre très vite et envahir la scène intellectuelle pour s'imposer comme un dogme idéologique incontestable. Pratiquement tous les intellectuels tombent sous sa séduction. Dans les années 60 le marxisme ne souffre pas la moindre remise en cause. A cette époque, les enseignants eux-mêmes en feront une propagande virulente. Il était tout à fait banal de voir dans les es remplacer les cours de français, d'histoire-géographie, de philosophie par des séances « d'éducation politique », qui était en fait de l'endoctrinement systématique où la seule critique autorisée était la critique de la bourgeoisie. La prose Engels-Marx-Lénine-Mao remplaçait allègrement le manuel de français Lagarde et Michard, rejeté d'un revers de main, car trop « bourgeois ».

Avec la contestation de la légitimité politique de la bourgeoisie et du capitalisme, apparaît aussi la contestation de la morale disciplinaire qui avait été celle du siècle précédent. L'œuvre de Freud débarque dans le paysage intellectuel des années 60 et devient le bréviaire de la nouvelle libération sexuelle. Le freudisme se répand comme un traînée de poudre et installe lui aussi son dogmatisme. Même tendance à vouloir tout expliquer par un seul système de concepts totalitaires que dans le marxisme, mais ici « lutte des es », est ici remplacée par la « sexualité ». Le mélange entre l'appel à la révolution sociale du marxisme et l'appel à a libération sexuelle des successeurs de Freud, comme Reich, va fournir les accents de la contestation des années 60-70, et le registre de discours de la révolution qui va agiter la jeunesse étudiante

Extrait choisi du site philosophie et spiritualité