Quand et pourquoi les activités sont entreprises à l’intérieur de l’organisation appelée firme plutôt que coordonnées sur le marché est une question qui a attiré l’attention pendant 20 ans des économistes et des chercheurs en stratégie d’entreprise. Toutefois, peu d’auteurs ont pris la précaution de définir ce qu’on entendait par firme et par marché (Langlois 1993). Nous allons portée notre attention à la nature de la firme et du marché ce qui permettra de mettre en lumière les frontières entre ces deux formes d’institutions.

Pour R. Coase l’arrivée de la firme sur le marché s’explique par le coût que génère l’utilisation du mécanisme des prix et se caractérise par la suppression de celui-ci. La firme supplante le marché en organisant plus librement et plus précisément le temps et l’information (P.Y. Gomez, 1996)[1]. R. Coase recouvre sous l’appellation coûts de transaction les coûts liés à la découverte des prix adéquats ainsi que les coûts de négociation et de conclusion de contrats séparés. La raison d’être de la firme est de réduire ces coûts en limitant le besoin de spécifier les prix pour chaque transaction, autrement dit en substituant un contrat à long terme à une série de contrats à court terme. En ce sens, R. Coase avance l’idée novatrice selon laquelle l’essence de la firme est un contrat d’emploi qui implique une relation d’autorité entre employeur et employé (H. Gabrié et J.L. Jacquier, 2001).

La firme va devenir un autre moyen d’organiser les transactions. « La théorie standard (TS) qui ne connaissait que l’individu (ménage ou entreprise) et le marché, découvre, depuis le milieu des années 1970, quelque chose que l’on appelle "l’organisation", ce qui recouvre une gamme variée de phénomènes depuis les simples règles de comportement individuel (ex.: le feu rouge) jusqu'aux systèmes de règles que sont les institutions collectives (…). Ces phénomènes ont en commun de dénoter un mode de coordination des activités à base de règles (à coté ou à la place des prix). C'est-à-dire que l’organisation n’est plus (ou plus seulement) un autre individu, comme l’entreprise dans la micro-économie élémentaire; elle est "l’Autre" du marché ». O. Favereau (1989, p.273)[2].

La firme représente un autre moyen d'organiser les transactions. La supériorité de la firme sur le marché se situe dans le caractère des processus de décision interne, à savoir leur plus grande capacité d’adaptation dans un contexte de forte spécificité des actifs. Elle autorise un ajustement continu des rapports entre les parties et génère des économies liées à la spécialisation et à la réduction des coûts de transaction (H. Thorelli, 1986)[3]. Mais l’avantage le plus remarquable de l’internalisation est inhérent à sa capacité à contrôler l’information et réduire l’incertitude relative à l’exécution des transactions (H.B. Malmgren, 1961)[4].

On peut alors se demander ce qu’est l’organisation ? Pour O. Favereau l’organisation comporte deux éléments : "ensemble de règles" et "entité collective". Il existe à l’intérieur de l’organisation une coopération intentionnelle par opposition à la coopération non intentionnelle du marché. « Les interactions entre les individus à l’intérieur des organisations sont coordonnées principalement par des règles (certaines voulues, d'autres non), accessoirement par des prix ;  tandis que les interactions de marché entre les individus (et/ou les organisations dotées de la personnalité juridique) sont coordonnées principalement par des prix, accessoirement par des règles » O. Favereau (1989, p.275).

O. Favereau (1989)[5] affirmera, pour sa part, que l’opposition entre organisation et marché, entre une coordination par les règles et une coordination par les prix, n’a pas d’existence effective : en bref, il y a de l’organisation dans le marché. Il n’est donc pas possible de les différencier simplement par voie d’opposition. Le marché des produits n’existe qu’à travers la concurrence que se livrent les organisations. Au lieu d’une alternative Organisation/Marché (qui peut s’appliquer au problème de l’intégration verticale), nous sommes en présence d’un marché engendré par les organisations. Ainsi, la théorie non standard (TnS) reconnaît l’existence d’intersections multiples entre phénomènes d’organisation et de marché.

[1] P.Y. GOMEZ « Le gouvernement de l’entreprise » Paris, Interéditions, 1996, 271 pages.

[2] O. FAVEREAU « Marchés internes, marchés externes » Revue Economique, mars 1989, n°2, pp. 273-328.

[3] H. THORELLI « Networks: between markets and hierarchies » Strategic Management Journal, 1986, vol. 7, pp. 37-51.

[4] H.B. MALMGREN « Information, expectations, and the theory of the firm » Quaterly Journal of Economics, 1961,
vol. 75, pp. 398-421.

[5] O. FAVEREAU « Marchés internes, marchés externes » Revue Economique, mars 1989, n°2, pp. 273-328.